Lettre ouverte à François Hollande
En septembre 2011, j’avais rédigé une lettre ouverte à François Hollande, alors candidat à la primaire du Parti Socialiste. Je l’avais uniquement partagée avec quelques proches. Voici la lettre telle qu’ils l’ont lue. A lire au premier ou au second degré, selon vos affinités politiques.
Monsieur le député de la Corrèze,
Je suis de près votre campagne électorale depuis ses commencements et je dois bien vous l’avouer : vous me fascinez. Vous avez toutes les caractéristiques de ce que les Américains appellent les comeback kids. Les journalistes ont tardé à vous prendre au sérieux ; ils ont rapporté vos balbutiements de campagne électorale avec un amusement condescendant ou un respect rieur, selon leur humeur ; et ils ont fini par réaliser, grâce aux sondages, que les Français ne vous trouvaient pas si ridicule que cela. Bref, après bien des mois, les experts en tous genres ont bien dû constater que le rapport de forces avait changé. Le candidat Hollande jadis délaissé, moqué, oublié, est devenu l’homme à battre.
“Hollande : le comeback kid”. Cela sonne moins bien que pour Clinton, quand il termina second de la primaire du New Hampshire en 1992 alors seuls ses partisans croyaient encore en lui. Je ne vous suggère donc pas le slogan, mais l’idée: celle du Corrézien sous-estimé qui revient de loin. Les Français, comme les Américains, apprécient les politiques qui reviennent de loin, regardez ces hommes auxquels vous espérez succéder : Mitterrand, Chirac, Sarkozy…
Revenons un instant à Bill Clinton : la comparaison est flatteuse, certes, mais est-elle pertinente? Peut-être plus qu’elle n’en a l’air. Rencontre de Bill et Hillary à la fac de droit de Yale. Elle est une promo au-dessus de lui, ils s’observent mais ne se parlent pas immédiatement. Bill a le charisme et Hillary a les grosses lunettes de vue que portaient les étudiantes dans les années 70. “Si tu vas passer ton temps à me regarder, et que je vais passer mon temps à faire de même, autant se parler”, lui lance-t-elle un jour à la bibliothèque. On connaît la suite, en oubliant qu’ils se sont aimés.

Bill Clinton et Hillary Rodham à Yale, au début des années 1970.
Vous aussi, à l’ENA, vous aviez du charisme. Ségolène aussi portait des lunettes seventies. Alors pourquoi cette galanterie en 2007, pourquoi l’hésitation de votre part? Je doute que vous ayez des regrets aujourd’hui. Vous étiez trop chiraquien pour l’après-Chirac. Vous avez appris de l’échec de votre ex-compagne. Vous avez maigri tout en prenant de l’épaisseur. Surtout, vous avez patiemment pris le pouls de notre vieux pays. “Hollande : la France en avant”. Le slogan a au moins le mérite de ne fâcher personne.
Permettez-moi de passer à autre chose. Il paraît, Monsieur le député, que vous ne lisez pas de romans. Aucun, vraiment? Pas même le premier roman de Jean-Eric Boulin, qui vous consacre quelques pages intelligentes et cruelles (une combinaison suffisamment rare, en littérature, pour que l’on s’y attarde)? Ouvrons donc ce Supplément au roman national : ”Depuis l’ENA, François Hollande n’a plus lâché prise. Il faut le voir s’acharner sur un argument fallacieux comme un chien de chasse. Et puis le trait d’humour qui libère.” ; “allaité à Machiavel“… J’aurais plutôt dit “biberonné au mitterrandisme”, mais bon…
Ceci étant, je n’ai jamais trop cru à l’inculture de nos chefs d’Etat. Quand vous serez à la fin de votre mandat, en 2017, Franz-Olivier Giesbert nous apprendra sûrement que vous maîtrisez nos grands auteurs comme personne. Il vous citera citant Flaubert, Zola et Balzac avec l’aisance qui vous caractérise quand vous nous récitez les mauvais chiffres du quinquennat de Sarkozy. Vous pourriez commencer par Balzac, chez qui il y des petites phrases utiles pour un candidat socialiste, sur la fortune, le crime, leur lien inextricable, etc. Bref, vous voyez bien que les romans peuvent être amusants! Et surveillez-le de près, ce Jean-Eric. Il remportera le Goncourt.
Monsieur le député, le moins que l’on puisse dire c’est que vous n’êtes pas mon candidat naturel, mais vous risquez d’être élu Président, donc je demande à en savoir davantage. Vous parlez aisément de la France. Maintenant, parlez-nous un peu de vous.
B.L.